Chapitre 15 · Sujet 1 sur 4
Le projet et le diagnostic de départ
Présentation du plateau de bureaux de 600 m² à Bruxelles, de ses besoins et du diagnostic de l'installation existante qui justifie une rénovation complète.
Niveau 1
L'essentiel
- Le projet : un plateau de bureaux de 600 m² au 3e étage d'un immeuble des années 1990 à Etterbeek (Bruxelles), pour 40 personnes.
- Les besoins : éclairage LED, prises pour 40 postes, kitchenette, deux copieurs, salle serveur avec onduleur, pompe à chaleur, ventilation et 4 bornes de recharge au parking.
- L'alimentation : un compteur propre au plateau, en 3N 400 V, actuellement limité à 63 A.
- Le diagnostic montre une installation ancienne, sans dossier, sans protection différentielle adaptée et trop faible en puissance.
- Décision : nouvelle installation complète, nouveau tableau, demande d'augmentation de puissance.
Comprendre
Le client et l'occupation
Le locataire, une société de services, occupe tout le plateau. L'aménagement prévu : un open space de 28 postes, 6 bureaux fermés, 2 salles de réunion, une kitchenette, une salle serveur de 10 m², des sanitaires et un local technique où sera placé le nouveau tableau. Quatre emplacements de parking au sous-sol sont attribués au locataire.
Pourquoi un diagnostic d'abord ?
On ne chiffre pas des travaux sur une installation qu'on ne connaît pas. La démarche suit l'ordre de la méthode « Comprendre avant de comparer » appliquée par Belix Group : diagnostic → schémas → infractions → devis → travaux → contrôle agréé → dossier final. Les rôles de chacun (propriétaire, locataire, bureau d'étude, installateur, organisme agréé, gestionnaire de réseau) sont décrits dans les acteurs du projet.
Ce que le diagnostic a trouvé
- Alimentation : compteur 3N 400 V au sous-sol, protection de 63 A. Comme tout client du réseau public basse tension, le plateau ne relie pas son neutre à la terre : ses masses sont reliées à la prise de terre de l'immeuble, et l'installation est en schéma TT. Voyez le schéma TT.
- Tableau : ancien tableau sans repérage fiable, un seul différentiel général de 300 mA, pas de différentiel 30 mA sur les prises (recommandé, mais pas imposé, pour des prises de bureaux).
- Circuits : plusieurs prises sans conducteur de protection raccordé, des circuits mélangés entre bureaux, des câbles posés directement sur le faux plafond.
- Éclairage : tubes fluorescents, éclairage de sécurité incomplet.
- Terre : prise de terre de l'immeuble mesurée à 18 Ω, liaison équipotentielle principale présente.
- Dossier : aucun schéma de l'installation existante.
La décision
Le plateau est entièrement réaménagé (cloisons, faux plafond, éclairage). Garder des morceaux d'installation sans schéma ni garantie coûterait plus cher en vérifications qu'une installation neuve. On repart donc d'une feuille blanche, avec un nouveau tableau, en conservant la prise de terre et le compteur.
Sur le terrain
Le jour du diagnostic, le technicien relève le tableau, ouvre quelques boîtes de dérivation, mesure la terre et l'isolement global (pendant une coupure convenue avec le client, installation consignée), et photographie tout. Il note aussi ce qui n'est pas électrique mais compte : accès au faux plafond, gaine technique vers le parking (environ 50 m de câble jusqu'au sous-sol), place disponible dans le local technique, horaires d'accès à l'immeuble. Il demande au locataire la liste de ses équipements et ses projets à cinq ans.
Erreurs fréquentes
- Chiffrer les travaux avant d'avoir vu l'installation existante.
- Oublier de demander les projets du client (bornes, serveur, extension) : le tableau sera trop petit dans deux ans.
- Ne pas vérifier la puissance disponible au compteur avant de promettre des bornes de recharge.
- Négliger l'accord du propriétaire ou de la copropriété pour les passages de câbles vers le parking.
- Oublier de mesurer la prise de terre existante.
Niveau supérieur
L'essentiel
- Le diagnostic produit des données exploitables : puissance disponible, schéma de liaison à la terre, valeur de RA, contraintes de cheminement, liste des charges.
- Les données du réseau (impédance au point de livraison, courant de court-circuit) se demandent au gestionnaire de réseau ; en attendant, on travaille avec des hypothèses écrites.
- Une modification ou extension importante fait l'objet d'un contrôle de conformité avant sa mise en usage, limité à la partie ajoutée ou modifiée (RGIE, Livre 1, 6.4.7.3) : ici, tout le plateau est refait, donc tout le plateau est contrôlé, avec étude et dossier complets.
- Les hypothèses du projet sont figées dans un document unique, utilisé par tous les calculs suivants.
Approfondir
Puissance disponible
Avec 63 A en 3N 400 V, la puissance apparente disponible vaut S = √3 × 400 × 63 ≈ 43,6 kVA. Une estimation rapide des besoins (pompe à chaleur 14 kW, bornes, onduleur, 40 postes) dépasse déjà cette valeur : le bilan de puissance détaillé du sujet suivant confirmera le besoin d'une augmentation. Calcul avec le calculateur triphasé.
Schéma de liaison à la terre
Un client raccordé au réseau public BT ne peut pas relier son neutre à la terre ni l'utiliser comme conducteur de protection, sauf autorisation du gestionnaire de réseau (prescriptions Synergrid C1/107, §7.1) : le plateau, alimenté en 3N 400 V, est donc en TT, ses masses étant reliées à la prise de terre de l'immeuble. Les caractéristiques exactes du branchement se demandent à Sibelga ; elles figureront au dossier (RGIE, Livre 1, 9.1.1, 5.a). La protection contre les contacts indirects repose sur les différentiels et sur la prise de terre : RA × IΔn ≤ UL (4.2.3.4 c.2), avec UL = 50 V en lieu sec (BB1) et 25 V en lieu mouillé (BB2). Avec RA = 18 Ω, la condition est largement remplie pour des différentiels de 300 mA (5,4 V), et RA reste bien sous le plafond non domestique de 250 Ω (500 Ω en lieux secs, 4.2.4.4 d). Voir prise de terre et équipotentialité.
Hypothèses du projet (document de référence)
| Donnée | Valeur retenue | Origine |
|---|---|---|
| Réseau | 3N 400 V, 50 Hz, installation en TT | Compteur ; neutre non relié à la terre côté client (Synergrid C1/107) |
| Impédance amont, par conducteur | 0,023 Ω (Icc triphasé ≈ 10 kA au compteur) | Hypothèse prudente en attendant le GRD |
| Prise de terre RA | 18 Ω | Mesure au diagnostic |
| Liaison compteur → tableau | 40 m | Relevé |
| Liaison tableau → parking | 50 m | Relevé |
| Résistivité cuivre | 0,0172 (Icc max), 0,0225 (ΔU, Icc min) Ω·mm²/m | Valeurs de la formation |
| Objectif de chute de tension | 3 % éclairage, 5 % autres usages, depuis le compteur | Objectif de projet |
| Pose | Câbles multiconducteurs isolés PR sur chemins de câbles perforés | Choix d'étude |
Classement des constats
Le rapport de diagnostic distingue : les dangers immédiats (prises sans PE : mise hors service ou correction immédiate), les non-conformités (câbles sans support, absence de schémas et de plans exigés par le RGIE, 3.1.2), les améliorations recommandées (pas de 30 mA sur les prises : en non domestique, le RGIE le recommande sans l'imposer, 5.3.5.3 i) et les limites fonctionnelles (puissance insuffisante, tableau saturé). Cette distinction guide le client dans ses décisions et dans le devis.
Les acteurs à mobiliser tôt
Gestionnaire de réseau (augmentation de puissance : délais parfois longs), propriétaire ou syndic (passage vers le parking, bornes), organisme agréé (date du contrôle de conformité), fournisseur de la pompe à chaleur et de l'onduleur (notices, courants, type de différentiel requis). Voir les phases du projet.
Exemple chiffré
Fiche de diagnostic (extraits)
- Puissance disponible : √3 × 400 × 63 = 43 647 VA ≈ 43,6 kVA.
- Estimation rapide des seules charges triphasées futures : pompe à chaleur 14 kW + onduleur 7 kW + bornes limitées à 22 kW = 43 kW, déjà au niveau de la puissance disponible, avant éclairage, prises et kitchenette. Conclusion : augmentation de puissance indispensable.
- Prise de terre : 18 Ω (méthode des 62 %, valeurs stables à ± 0,5 Ω).
- Isolement global de l'ancienne installation (appareils débranchés) : 0,8 MΩ. Valeur faible pour un ensemble de circuits ; sans intérêt de rechercher les défauts puisque l'installation sera remplacée, mais elle confirme l'état général.
- Constat dangereux : 3 prises de la kitchenette sans PE raccordé → mises hors service le jour même et signalées par écrit au client.
Erreurs fréquentes
- Calculer avec une impédance de réseau inventée sans la signaler comme hypothèse.
- Relier le neutre à la terre dans l'installation du client « pour améliorer la terre » : c'est interdit à un client du réseau public BT, sauf autorisation du gestionnaire.
- Mélanger dans le rapport dangers immédiats, infractions et améliorations seulement recommandées (comme le 30 mA sur des prises de bureaux).
- Démarrer l'étude sans liste écrite des charges validée par le client.
- Oublier que l'augmentation de puissance auprès du gestionnaire de réseau peut conditionner le planning du chantier.
