Chapitre 14 · Sujet 4 sur 5
La logique de dépannage
Une méthode de recherche de panne en étapes (observer, sécuriser, faire des hypothèses, mesurer, isoler par demi-partition, réparer, vérifier, documenter) appliquée aux pannes typiques du tertiaire.
Niveau 1
L'essentiel
- Un bon dépanneur commence par écouter et observer, pas par démonter.
- La sécurité passe avant la rapidité : on consigne avant d'intervenir sur une partie qui peut être mise hors tension.
- On va du général au particulier : le tableau, puis le départ, puis le circuit, puis l'appareil.
- On coupe le problème en deux à chaque mesure pour trouver vite la zone en défaut.
- On cherche la cause, pas seulement le symptôme, et on note ce qu'on a trouvé.
Comprendre
Les étapes
- Recueillir les symptômes : que s'est-il passé, quand, à quelle fréquence, après quel changement ? « Le différentiel saute tous les matins vers 8 h 30 » est une information précieuse.
- Sécuriser : identifier qui peut intervenir et comment. Les interventions se font hors tension, après consignation. Les mesures sous tension sont réservées aux personnes habilitées : voyez BA4 et BA5.
- Faire des hypothèses : quelles causes peuvent produire ce symptôme ? Les classer de la plus probable à la moins probable, et de la plus simple à vérifier à la plus longue.
- Mesurer : chaque mesure doit confirmer ou éliminer une hypothèse.
- Isoler la zone : déconnecter la moitié des circuits ou des appareils, regarder si le défaut reste, recommencer sur la moitié en cause.
- Réparer la cause, pas seulement réarmer.
- Vérifier : refaire les mesures et l'essai de la protection concernée.
- Documenter : noter le défaut, la cause, la réparation et les mesures dans le dossier ou le rapport d'intervention.
Les pannes typiques
- Un disjoncteur qui déclenche : surcharge (déclenchement lent, après un temps de fonctionnement) ou court-circuit (déclenchement immédiat).
- Un différentiel qui déclenche : défaut d'isolement, humidité, ou somme de petites fuites normales des appareils électroniques.
- Rien ne fonctionne sur un circuit : protection ouverte, connexion desserrée, neutre coupé.
Sur le terrain
Un bureau d'Anderlecht appelle : « Le différentiel des prises saute tous les matins. » Le technicien apprend que le personnel arrive vers 8 h 30 et allume les ordinateurs en même temps. Il mesure à la pince de fuite : 12 mA permanents sur un différentiel 30 mA qui protège 12 postes de travail. Ce n'est pas un défaut d'isolement mais une accumulation de fuites normales. Solution : répartir les postes sur plusieurs différentiels.
Erreurs fréquentes
- Remplacer des pièces au hasard (« on change le différentiel, on verra »).
- Réarmer sans chercher : le défaut revient, parfois plus grave.
- Travailler sous tension « parce que c'est plus rapide ».
- Oublier de demander ce qui a changé récemment (nouvel appareil, travaux, infiltration d'eau).
- Ne rien noter : le prochain dépanneur repart de zéro.
Niveau supérieur
L'essentiel
- Le dépannage est une démarche d'élimination d'hypothèses : chaque mesure doit avoir un résultat attendu avant d'être faite.
- La demi-partition trouve un élément en défaut parmi N en au plus log2(N) étapes (arrondi au supérieur).
- Un différentiel qui déclenche peut révéler un défaut franc, un défaut intermittent ou une fuite cumulée : les trois se distinguent par la mesure.
- La cause racine se documente, avec la mesure qui la prouve.
Approfondir
Raisonner par hypothèses
Pour chaque hypothèse, on écrit la mesure qui la confirme ou l'infirme et le résultat attendu. Exemple : « Si un neutre est mal serré au TGBT, alors les tensions simples se déséquilibrent en charge. » Une mesure faite « pour voir » coûte du temps et ne conclut rien.
Demi-partition
Avec N éléments en série (ou N circuits en parallèle sur une même protection), on teste la moitié, puis la moitié de la moitié… Le nombre d'étapes maximal est l'entier supérieur de log2(N) : 16 circuits → 4 étapes, 40 circuits → 6 étapes. Pour l'isolement, on mesure des groupes de circuits : la résistance d'un groupe est celle de résistances en parallèle, donc un seul mauvais circuit fait chuter la valeur du groupe qui le contient.
Les trois familles de déclenchements différentiels
| Symptôme | Cause probable | Mesure discriminante |
|---|---|---|
| Déclenchement immédiat à chaque réarmement | Défaut d'isolement franc | Isolement hors tension, par circuit |
| Déclenchement aléatoire, par temps humide | Défaut intermittent (eau, boîte extérieure) | Isolement répété, inspection |
| Déclenchement à la mise en marche d'appareils | Fuites cumulées et courants transitoires | Pince de fuite en fonctionnement |
Un différentiel peut déclencher entre 0,5 et 1 × IΔn. Une règle pratique de conception des fabricants est de limiter la fuite permanente à environ 0,3 × IΔn, soit 9 mA pour un 30 mA, pour garder une marge face aux transitoires. Ce chiffre n'est pas réglementaire ; le principe, lui, l'est : le RGIE demande de choisir les différentiels et de répartir la charge sur les circuits pour que les courants de fuite normaux ne provoquent pas de coupure intempestive (RGIE, Livre 1, 5.3.5.3 d). Cette règle pratique explique la plupart des déclenchements « inexplicables » en bureaux. Voir les protections différentielles.
Disjoncteurs
Un déclenchement thermique après plusieurs minutes de fonctionnement indique une surcharge : on mesure le courant réel. Un déclenchement immédiat indique un court-circuit ou un courant d'appel trop fort pour la courbe choisie (drivers LED nombreux sur un B10, par exemple).
Documenter
Le rapport d'intervention indique : symptôme, hypothèses testées, mesures (valeurs), cause racine, réparation, essais après réparation. Il alimente le dossier : voyez rapport et dossier.
Exemple chiffré
Situation. Un différentiel 30 mA protège 3 circuits de prises alimentant 12 postes de travail. Il déclenche tous les matins.
- Hypothèses : (a) défaut d'isolement ; (b) fuites cumulées ; (c) différentiel défectueux.
- Hors tension, isolement des 3 circuits ensemble : 60 MΩ. Pas de défaut franc → (a) peu probable.
- Essai du différentiel : déclenche à 24 mA en 18 ms → appareil correct, (c) éliminée.
- En fonctionnement, pince de fuite : 12 mA permanents, soit environ 1 mA par poste. Or 0,3 × 30 = 9 mA. À l'allumage simultané des postes, les courants transitoires des filtres s'ajoutent → déclenchement. Cause (b) confirmée.
- Correction : au plus 2 circuits de 4 postes par différentiel 30 mA, soit 8 mA permanents au maximum, sous la limite pratique de 9 mA. Les 3 circuits sont répartis sur 2 différentiels (8 mA et 4 mA) : un différentiel 30 mA est ajouté au tableau.
- Vérification : semaine sans déclenchement, mesures notées au rapport.
Variante : un tableau de 16 circuits présente un isolement global de 0,4 MΩ. Par demi-partition (8, puis 4, puis 2, puis 1 circuit), le circuit fautif est trouvé en 4 mesures.
Erreurs fréquentes
- Mesurer l'isolement avec les postes branchés et conclure à un défaut.
- Remplacer un différentiel 30 mA par un 300 mA pour « régler » des déclenchements : la protection complémentaire des personnes contre les contacts directs est perdue. En non domestique, le RGIE la recommande (5.3.5.3 i) et l'impose dans certains cas (salles d'eau, circuits de bornes de recharge…) ; en domestique, elle est imposée sur les prises.
- Faire la demi-partition sans noter les résultats intermédiaires.
- Confondre déclenchement thermique et magnétique et chercher au mauvais endroit.
- Clôturer l'intervention sans essai après réparation.
