Chapitre 03 · Sujet 3 sur 5
Comptage et tarification
Comprendre ce que mesure un compteur tertiaire, comment se compose une facture d'électricité professionnelle et quels choix techniques la font varier.
Niveau 1
L'essentiel
- Le compteur appartient au gestionnaire de réseau. Chaque point de raccordement est identifié par un code EAN.
- Un compteur tertiaire mesure au minimum l'énergie active (kWh). Selon le raccordement, il mesure aussi l'énergie réactive (kvarh), la puissance maximale et l'énergie injectée (photovoltaïque).
- La facture comprend plusieurs parts : l'énergie (vendue par le fournisseur), le réseau (distribution et transport), les taxes et surcharges, la TVA.
- Le tarif peut dépendre de l'heure (jour/nuit, heures pleines/creuses) et de la pointe de puissance.
- Vos choix d'installation (répartition, commandes, compensation) peuvent faire baisser la facture du client.
Comprendre
Ce que le compteur mesure
- Énergie active (kWh) : l'énergie réellement transformée en lumière, chaleur, mouvement. C'est la base de la facture.
- Énergie réactive (kvarh) : l'énergie échangée par les moteurs, transformateurs, certains luminaires. Elle ne produit pas de travail utile mais charge le réseau (voir ce sujet).
- Puissance maximale (kW) : la plus forte puissance moyenne mesurée sur un quart d'heure pendant la période.
- Énergie injectée : ce que le bâtiment renvoie vers le réseau, par exemple la production photovoltaïque non consommée.
Comptage direct et indirect
Pour des courants modérés, le courant passe directement dans le compteur. Au-delà, le compteur est raccordé à des transformateurs de courant (TC) qui réduisent le courant mesuré : c'est le comptage indirect. Le gestionnaire de réseau décide du type de comptage dans ses prescriptions.
Les parts de la facture
| Part | Qui la fixe | Ce qui la fait varier |
|---|---|---|
| Énergie | Le fournisseur (contrat) | kWh consommés, plages horaires |
| Réseau (distribution et transport) | Tarifs régulés du gestionnaire de réseau | kWh, pointe de puissance, réactif, niveau de tension |
| Taxes, surcharges | Autorités | kWh consommés |
| TVA | État | Montant total |
Plusieurs locataires
Dans un immeuble partagé, chaque locataire peut avoir son propre compteur du gestionnaire de réseau (son propre EAN). Sinon, le propriétaire installe des sous-compteurs privés pour répartir les frais : ce sont des compteurs de décompte, qui doivent être homologués pour cet usage.
Sur le terrain
Une petite surface commerciale à Wavre a deux compteurs : un compteur jour/nuit et un compteur « exclusif nuit » autrefois utilisé pour des accumulateurs de chaleur. Le client a remplacé le chauffage par une pompe à chaleur alimentée sur le compteur jour/nuit. Le compteur exclusif nuit ne sert plus mais reste facturé (frais fixes). Lors d'un réaménagement, vous signalez au client qu'il peut demander la suppression de ce comptage au gestionnaire de réseau.
Erreurs fréquentes
- Confondre le fournisseur (qui vend l'énergie) et le gestionnaire de réseau (qui gère le compteur et le réseau).
- Raccorder un sous-compteur privé non homologué pour refacturer de l'énergie à un locataire.
- Penser que seuls les kWh comptent : la pointe et le réactif peuvent peser lourd sur la facture.
- Modifier ou ouvrir le comptage du gestionnaire de réseau : il est scellé et lui appartient.
Niveau supérieur
L'essentiel
- En Belgique, la mesure de référence pour les clients professionnels importants est le comptage au quart d'heure : énergie active et réactive par intervalle de 15 minutes, relevée à distance.
- La puissance de pointe facturée est la puissance moyenne maximale sur un quart d'heure : Pmax = E(15 min) / 0,25 h.
- Les tarifs de réseau comprennent de plus en plus une composante liée à la pointe ; en Flandre, un tarif de capacité basé sur la pointe mensuelle s'applique aussi aux petits clients. Les modalités exactes se lisent dans les tarifs publiés par le gestionnaire et le régulateur.
- Selon le gestionnaire de réseau et le niveau de tension, l'énergie réactive peut être facturée au-delà d'une franchise exprimée par rapport à l'énergie active ; le rapport kvarh/kWh donne le tan φ moyen de la période.
- Les leviers d'optimisation sont techniques : délestage, pilotage des bornes de recharge et du HVAC, décalage d'usages, compensation, choix du niveau de tension.
Approfondir
La courbe de charge
Le comptage au quart d'heure fournit, pour chaque intervalle, l'énergie active consommée et l'énergie réactive. On en déduit :
- la puissance moyenne de chaque quart d'heure : P = E / 0,25 h ;
- la pointe du mois : le maximum de ces valeurs ;
- le tan φ moyen : tan φ = Er / Ea, puis cos φ = cos(arctan(tan φ)).
Cette courbe est la donnée la plus utile pour un audit : elle montre le talon de consommation la nuit et le week-end (ventilation, éclairage oublié, serveurs), les pics de démarrage du matin et l'effet d'un nouvel équipement.
Pourquoi la pointe coûte
Le réseau doit être dimensionné pour la puissance maximale appelée, pas pour la moyenne. Les tarifs reflètent ce coût par une composante en kW (pointe mensuelle, puissance mise à disposition ou souscrite selon le niveau de tension et le gestionnaire). Un bâtiment dont la pointe dure quelques quarts d'heure par mois paie ce pic toute la période de facturation.
Leviers techniques
| Levier | Principe | Exemple tertiaire |
|---|---|---|
| Délestage | Couper temporairement des charges non prioritaires | Ballons d'eau chaude, préchauffage |
| Gestion de charge | Limiter la puissance d'un ensemble de charges | Bornes de recharge pilotées par la mesure au TGBT |
| Démarrage échelonné | Éviter le démarrage simultané | HVAC le lundi matin |
| Compensation | Réduire l'énergie réactive | Batterie de condensateurs au TGBT |
| Autoconsommation | Consommer la production locale | Photovoltaïque en toiture |
Voir bornes de recharge et gestion de charge et GTB et suivi énergétique.
Sous-comptage
Le sous-comptage interne (par tableau, par usage, par locataire) n'a pas la même fonction que le comptage du gestionnaire de réseau. S'il sert à refacturer, le compteur doit être conforme à la réglementation sur les instruments de mesure (directive européenne MID). S'il sert au suivi énergétique, il doit surtout être bien placé et communicant.
Exemple chiffré
Données d'un mois pour un immeuble de bureaux (valeurs d'exemple) :
- énergie active : Ea = 20 000 kWh ;
- énergie réactive : Er = 12 000 kvarh ;
- quart d'heure le plus chargé : 30 kWh, le lundi entre 8 h 15 et 8 h 30.
- Pointe du mois : P = 30 kWh / 0,25 h = 120 kW.
- tan φ moyen : 12 000 / 20 000 = 0,60, soit cos φ = cos(arctan 0,60) ≈ 0,857 (calculateur). Ce facteur de puissance est faible pour un bâtiment tertiaire : une analyse de la compensation est justifiée.
- Puissance moyenne du mois (30 jours) : 20 000 / 720 h ≈ 27,8 kW. La pointe vaut plus de 4 fois la moyenne : le profil est très pointu.
- Effet d'un démarrage échelonné : si l'on décale de 30 minutes le démarrage de groupes de climatisation représentant 30 kW, et que la pointe tombe à 90 kW, la composante de pointe baisse de 30 kW. Avec un tarif d'exemple de 4 € par kW et par mois, l'économie serait de 30 × 4 = 120 € par mois, sans changer la consommation en kWh.
Le prix de 4 €/kW/mois est fictif : seul le raisonnement compte. Les tarifs réels dépendent du gestionnaire de réseau, du niveau de tension et de l'année.
Erreurs fréquentes
- Calculer la pointe avec l'énergie d'un quart d'heure sans la diviser par 0,25 h (on trouve 30 kW au lieu de 120 kW).
- Confondre la puissance de raccordement (capacité disponible) et la pointe mesurée.
- Analyser une facture sans la courbe de charge, ce qui empêche d'identifier la cause des pointes.
- Installer un sous-comptage de refacturation avec un appareil non conforme MID.
