Chapitre 02 · Sujet 3 sur 5
La consignation et le travail hors tension
Appliquer les sept mesures du RGIE qui rendent une installation sûre avant d'y travailler, y compris quand plusieurs sources peuvent la réalimenter.
Niveau 1
L'essentiel
- Le travail hors tension est la règle : le RGIE le dit en toutes lettres. Travailler sous tension est l'exception, encadrée et réservée à des cas justifiés.
- « J'ai coupé le disjoncteur » ne veut pas dire « c'est consigné ». Le RGIE impose sept mesures, dans l'ordre, de la préparation à la mise à disposition.
- On vérifie toujours l'absence de tension avec un appareil adapté, testé juste avant et juste après.
- Un circuit peut être réalimenté par une autre source : panneaux photovoltaïques, onduleur (UPS), groupe électrogène, mauvais câblage.
- Le cadenas est personnel. Chaque intervenant pose le sien. On ne retire jamais le cadenas de quelqu'un d'autre.
Comprendre
Les sept mesures du RGIE
Pour que la zone de travail soit et reste hors tension, le RGIE (Livre 1, 9.3.4.2) impose sept mesures, dans cet ordre. Sur chantier, on parle souvent des « cinq étapes de la consignation » : ce sont les mesures 2 à 6, encadrées par la préparation et par la mise à disposition.
- Préparer les travaux : identifier la partie d'installation concernée, toutes les sources qui peuvent l'alimenter et les mesures à prendre.
- Séparer : ouvrir l'organe de sectionnement qui isole complètement la partie où l'on va travailler, y compris le neutre quand c'est prévu. Un simple interrupteur de commande ne suffit pas.
- S'assurer contre la réalimentation : verrouiller l'appareil (cadenas, dispositif de condamnation), placer un panneau d'interdiction de manœuvre (« Ne pas enclencher — travaux »), garder la clé sur soi.
- Contrôler l'absence de tension : avec un vérificateur d'absence de tension (VAT) bipolaire, sur tous les conducteurs actifs, entre eux et par rapport à la terre. On teste l'appareil sur une source connue avant et après la mesure.
- Mettre à la terre, décharger et mettre en court-circuit : toujours en haute tension ; en basse tension, lorsqu'il existe un risque de remise sous tension ou de tension induite, par exemple sur une partie d'installation qu'une source de secours ou un automatisme peut réalimenter. Les condensateurs sont déchargés.
- Baliser et/ou protéger les parties voisines restées sous tension : écrans isolants, nappes, balisage.
- Mettre à disposition : seul le chargé de l'installation (la personne responsable de son exploitation) donne l'autorisation de commencer. Alors seulement, le travail commence.
Pourquoi le VAT et pas un tournevis testeur ?
Le tournevis testeur peut ne rien indiquer si vous êtes isolé du sol, et il ne mesure pas la tension entre deux conducteurs : il ne prouve donc pas l'absence de tension. Un multimètre mal réglé (calibre ohm ou courant) peut indiquer zéro ou provoquer un court-circuit. Le VAT est conçu pour cette mesure.
À la fin des travaux
On fait l'inverse, dans l'ordre : chacun quitte la zone de travail, on retire le matériel et les écrans, puis les mises à la terre, et chacun retire son cadenas. Le chargé des travaux signale alors la fin des travaux au chargé de l'installation : la remise sous tension se fait sous la responsabilité de celui-ci. On teste ensuite.
Sur le terrain
Remplacement d'un luminaire dans un couloir de bureaux à Namur. Le disjoncteur du circuit est repéré E4 au tableau. Vous l'ouvrez, posez un cadenas de consignation et une étiquette. Au luminaire, le VAT, testé avant sur une prise, indique une absence de tension. Vous le testez à nouveau après. Vous travaillez. Un collègue qui cherchait une panne aurait réarmé E4 « pour voir » : votre cadenas l'en empêche.
Erreurs fréquentes
- Se fier au repérage du tableau sans vérifier l'absence de tension sur place.
- Couper avec un interrupteur ou un télérupteur au lieu de l'organe de séparation.
- Oublier les sources de secours : photovoltaïque, UPS, groupe, alimentations de sécurité.
- Ne vérifier qu'entre phase et neutre et oublier les autres combinaisons, notamment en 3 × 230 V où il n'y a pas de neutre.
- Prêter son cadenas ou laisser la clé sur le tableau.
Niveau supérieur
L'essentiel
- Le RGIE fixe les règles du travail hors tension (RGIE, Livre 1, 9.3.4.2) ; elles reprennent la logique de la norme européenne d'exploitation EN 50110-1.
- La consignation s'organise entre le chargé de l'installation (responsable de l'exploitation, seul à autoriser le début des travaux et la remise sous tension) et le chargé des travaux (qui dirige l'intervention). Ce peut être la même personne.
- Dans un bâtiment tertiaire moderne, la réalimentation par une autre source est un risque majeur : photovoltaïque, stockage, UPS, groupes, boucles d'alimentation.
- Les énergies accumulées (condensateurs de compensation, variateurs, alimentations de sécurité sur batteries) doivent être dissipées ou maîtrisées.
- La consignation se prépare : schémas à jour, identification de toutes les sources, matériel de consignation disponible.
Approfondir
Ce que fixe le RGIE
Les sept mesures du niveau 1 (9.3.4.2) se précisent ainsi : le verrouillage se fait de préférence sur le mécanisme de manœuvre, avec des panneaux d'interdiction ; l'absence de tension se contrôle sur tous les conducteurs actifs ; la mise à la terre et en court-circuit est obligatoire en haute tension et, en basse tension, dès qu'il y a un risque de remise sous tension ; le chargé des travaux ne laisse commencer les exécutants qu'une fois les mesures précédentes prises. Tout travail est précédé d'une estimation des risques (9.3.2.1). Pour un travail planifié à l'avance (hors travaux d'exploitation), le chargé des travaux informe par écrit le chargé de l'installation (9.3.4.1). L'autorisation de commencer ou de remettre sous tension ne peut jamais résulter d'un signal automatique ni d'un délai convenu à l'avance (9.3.2.3).
Identifier toutes les sources
Avant de consigner un tableau ou un départ, listez toutes les sources possibles :
| Source | Où la couper | Piège |
|---|---|---|
| Réseau (TGBT) | Départ amont | Plusieurs arrivées ou une boucle entre tableaux |
| Photovoltaïque | Côté AC de l'onduleur et, pour l'onduleur, côté DC | Les modules produisent tant qu'ils sont éclairés |
| UPS | Sortie de l'UPS et bypass | L'UPS reste alimenté par ses batteries |
| Groupe électrogène | Inverseur de sources, démarrage automatique | Démarrage automatique sur perte réseau |
| Batteries de condensateurs | Disjoncteur de la batterie, puis attente de décharge | Tension résiduelle après coupure |
| Variateurs | Alimentation amont, puis attente | Condensateurs du bus continu |
Voir photovoltaïque, onduleurs (UPS) et compensation.
La mise à la terre et en court-circuit
Elle protège contre une remise sous tension accidentelle ou une tension induite : si l'installation est réalimentée, le court-circuit provoque le déclenchement de la protection amont au lieu d'électriser l'intervenant. En basse tension, le RGIE ne l'impose que s'il existe un risque de remise sous tension, par exemple une installation pouvant être alimentée par une source de secours ou une ligne aérienne influencée par une autre ligne ; c'est l'analyse des risques qui le dit. Le dispositif, adapté au courant de court-circuit présumé, se pose après la vérification d'absence de tension, d'abord au point de terre, puis sur les parties actives.
Les cas qui exigent une procédure écrite
Le RGIE impose une préparation écrite des travaux si l'estimation des risques le demande (9.3.2.3). En pratique, elle est indispensable quand :
- Plusieurs équipes ou entreprises interviennent sur la même installation.
- La consignation dure plusieurs jours.
- Plusieurs sources ou des automatismes de basculement existent.
- Une partie de l'installation doit rester sous tension pendant les travaux (continuité de service).
On rédige alors un document de consignation : installation concernée, organes ouverts et verrouillés, points de vérification, mises à la terre posées, noms des intervenants, signatures de début et de fin.
Travail sous tension et au voisinage
Le RGIE n'admet le travail sous tension que si trois conditions sont réunies : les caractéristiques de l'installation le permettent, une méthode adéquate est appliquée et les exigences du service l'imposent (9.3.4.1). Seules des personnes ayant suivi une formation spécifique et évaluées positivement peuvent l'exécuter (9.3.4.3), avec un outillage et des équipements adaptés. En atmosphère explosive, il est interdit, sauf exception justifiée par une évaluation des risques (9.3.4.3 h). Les mesures et essais sous tension (mesures de boucle, test des différentiels) sont des opérations prévues, pas une excuse pour travailler sans consigner.
Exemple chiffré
Étude de cas : consignation du tableau divisionnaire TD-2 d'un immeuble de bureaux.
Données : TD-2 est alimenté par le départ Q12 du TGBT. Il peut aussi être alimenté, par un inverseur, depuis la sortie de l'UPS de la salle informatique. Une installation photovoltaïque est raccordée au TGBT, pas à TD-2.
- Inventaire des sources de TD-2 : départ Q12 du TGBT ; retour possible par l'inverseur UPS ; aucune injection photovoltaïque directe (elle est au TGBT, en amont de Q12, donc séparée par Q12 ouvert).
- Séparation : ouverture de Q12 (interrupteur-sectionneur verrouillable) et ouverture de l'interrupteur de sortie UPS vers TD-2.
- Condamnation : un cadenas par intervenant sur Q12 et sur l'organe UPS, pancartes, clés conservées par chaque intervenant.
- Vérification : VAT testé sur une source connue, puis mesure sur le jeu de barres de TD-2 entre chaque paire de conducteurs actifs et entre chacun et le conducteur de protection. L'installation est en 3N 400 V : on vérifie L1-L2, L2-L3, L3-L1, chaque phase et le neutre, chaque conducteur actif et la terre. Nouveau test du VAT.
- Mise à la terre et en court-circuit : l'analyse retient un risque de réalimentation par l'inverseur UPS ; un dispositif de mise à la terre et en court-circuit est posé sur l'arrivée de TD-2.
- Parties voisines : aucune dans TD-2 une fois les deux sources séparées.
Conclusion : sans l'inventaire du point 1, l'équipe aurait ouvert Q12 seul et travaillé sur un tableau encore alimenté par l'UPS.
Erreurs fréquentes
- Consigner d'après un schéma non à jour : la source oubliée est souvent celle ajoutée après la construction.
- Considérer qu'une batterie de condensateurs ou un variateur est sans danger dès sa coupure.
- Poser la mise à la terre avant d'avoir vérifié l'absence de tension.
- Laisser une seule personne poser un cadenas « pour toute l'équipe ».
- Confondre les mesures sous tension prévues lors des essais avec une autorisation de travailler sous tension.
