Chapitre 14 · Sujet 1 sur 5
La méthode de mise sous tension
Mettre une installation neuve sous tension dans un ordre maîtrisé, après les vérifications hors tension, pour détecter chaque défaut avant qu'il ne devienne un incident.
Niveau 1
L'essentiel
- On ne met jamais sous tension une installation qu'on n'a pas d'abord contrôlée hors tension : inspection visuelle, serrages, continuité des PE, isolement, terre.
- La mise sous tension se fait du général vers le particulier : tous les départs ouverts, puis l'arrivée, puis un départ à la fois.
- À chaque étape, on mesure (tensions, ordre des phases, courants) avant de passer à la suivante.
- Les différentiels sont essayés dès que leur départ est sous tension.
- Une installation neuve doit avoir été contrôlée par un organisme agréé avant sa mise en usage, c'est-à-dire avant d'être utilisée normalement.
Comprendre
Mettre sous tension, c'est le moment où une erreur de câblage devient dangereuse. Un neutre interrompu, une phase sur un PE ou un court-circuit oublié peuvent détruire du matériel ou blesser quelqu'un. La méthode consiste donc à ne découvrir qu'un seul problème à la fois.
Avant la tension
Vous vérifiez hors tension tout ce qui peut l'être : repérage, serrage des bornes, présence et continuité des conducteurs de protection, isolement de chaque circuit, valeur de la prise de terre. Ces mesures sont détaillées dans Mesures et essais. Pendant ces travaux, l'installation est consignée : voyez la consignation.
Pendant la mise sous tension
- Prévenir toutes les personnes présentes, baliser le tableau. Les mesures sous tension sont faites par une personne habilitée, avec un appareil de catégorie de mesure adaptée et les équipements de protection prévus.
- Ouvrir tous les départs et tous les différentiels.
- Fermer l'interrupteur ou le disjoncteur général.
- Mesurer les tensions à l'arrivée : entre phases, entre phase et neutre, entre neutre et terre.
- Vérifier l'ordre des phases avant d'alimenter un moteur ou une pompe à chaleur.
- Fermer les départs un par un, en commençant par l'éclairage (on voit clair pour la suite).
- Après chaque départ : appuyer sur le bouton test du différentiel, puis faire l'essai avec l'appareil de mesure.
- Quand des charges fonctionnent, mesurer les courants à la pince sur chaque phase et sur le neutre.
Un départ qui déclenche n'est pas réarmé « pour voir » : on le laisse ouvert et on cherche pourquoi.
Sur le terrain
Dans un plateau de bureaux à Bruxelles, le tableau neuf vient d'être raccordé au compteur 3N 400 V. Le technicien mesure 399 V entre phases, 230 V entre chaque phase et le neutre, et presque 0 V entre neutre et terre. Il ferme ensuite la rangée d'éclairage : tout s'allume. Au départ des prises de la kitchenette, le différentiel 30 mA saute immédiatement. Il ne réarme pas : il ouvre et consigne le départ, vérifie l'absence de tension, mesure l'isolement et trouve un neutre de prise touchant la boîte métallique. Corrigé en dix minutes, au lieu d'une panne le premier jour d'occupation.
Erreurs fréquentes
- Fermer tous les départs d'un coup : si un défaut apparaît, vous ne savez pas où il est.
- Oublier de vérifier l'ordre des phases : un ventilateur ou une pompe tourne à l'envers.
- Réarmer plusieurs fois un différentiel qui saute au lieu d'en chercher la cause.
- Mettre sous tension avant d'avoir mesuré l'isolement : un défaut franc se transforme en court-circuit.
- Ne pas prévenir les autres corps de métier présents sur le chantier.
Niveau supérieur
L'essentiel
- La mise sous tension est la dernière étape d'une séquence : contrôles hors tension, mise sous tension progressive, essais fonctionnels, réglages, mesures en charge.
- Les valeurs mesurées sont comparées aux valeurs calculées dans l'étude ; un écart important est un signal, même s'il reste « dans les limites ».
- La tension neutre-terre et le courant de neutre renseignent sur l'état du neutre et sur les harmoniques.
- Le plan de mise en service est écrit à l'avance, avec les points d'arrêt et la personne responsable.
Approfondir
Le plan de mise en service
Sur un chantier tertiaire, la mise sous tension se prépare comme une manœuvre. Le plan précise : l'ordre des départs, les mesures attendues à chaque étape, les essais fonctionnels (commande d'éclairage, détection, délestage des bornes, basculement de l'onduleur), les personnes présentes et les conditions d'arrêt. Il est rédigé avec l'étude sous les yeux : sections, longueurs, protections et réglages.
Les mesures à l'arrivée
En 3N 400 V, la tension entre phases vaut √3 × 230 ≈ 398 V. On vérifie les trois tensions composées, les trois tensions simples et l'ordre des phases (rotation directe L1-L2-L3). Une tension neutre-terre de quelques volts peut être normale ; une valeur élevée ou des tensions simples très déséquilibrées font penser à un neutre mal serré. En réseau 3 × 230 V, il n'y a pas de neutre distribué : voyez les réseaux belges.
Les mesures en charge
Une fois les charges en service, on relève les courants de phase et de neutre. Pour des charges linéaires de même cos φ, le courant de neutre vaut :
IN = √(I1² + I2² + I3² − I1·I2 − I2·I3 − I3·I1)
Il est nul si les phases sont équilibrées. Si le courant de neutre mesuré est nettement plus grand que cette valeur, la cause probable est l'harmonique de rang 3 produit par les alimentations électroniques (PC, drivers LED) : les harmoniques 3 des trois phases s'additionnent dans le neutre. C'est une information utile pour le dossier et pour le choix de la section du neutre.
Thermographie et resserrage
Après quelques heures en charge, une thermographie du tableau (capots ouverts sous tension : travail au voisinage de pièces nues sous tension, réservé à une personne habilitée et équipée) permet de repérer une connexion mal serrée (point chaud localisé). Elle ne remplace pas le serrage au couple prescrit par le fabricant ; elle le contrôle.
Le cadre réglementaire
Toute installation BT fait l'objet d'un contrôle de conformité par un organisme agréé avant sa mise en usage ; ce contrôle est réalisé hors tension et comprend des contrôles administratifs, visuels, par essais et par mesures (RGIE, Livre 1, 6.4.1). Pour une nouvelle installation, celui qui met l'alimentation à disposition (le gestionnaire de réseau) s'assure d'abord de la présence d'un rapport confirmant la conformité (6.4.6.2). Une installation pour laquelle des infractions sont constatées ne peut pas être mise en usage (9.1.3.1). Voyez contrôles par organisme agréé. La mise sous tension de l'installateur pour essais, quand une alimentation est déjà disponible (rénovation derrière un compteur existant, par exemple), se fait sous sa responsabilité et selon les règles de sécurité du chantier. Les réglages qui suivent sont traités dans Régler les protections.
Exemple chiffré
Après mise en service d'un tableau 3N 400 V, on mesure en charge : I1 = 20 A, I2 = 15 A, I3 = 10 A, sur des charges supposées linéaires de même cos φ.
- Tension composée attendue : 230 × √3 = 398,4 V. On lit 399 V : correct.
- Courant de neutre théorique : IN = √(20² + 15² + 10² − 20 × 15 − 15 × 10 − 10 × 20) = √(725 − 650) = √75 ≈ 8,7 A.
- On mesure 19 A dans le neutre. L'écart (plus du double) indique une forte composante harmonique de rang 3 : beaucoup d'alimentations électroniques monophasées. Action : noter la mesure au rapport, vérifier que la section du neutre et son échauffement sont adaptés, et, si nécessaire, mieux répartir les charges ou étudier un filtrage. Le calcul triphasé de base se fait avec le calculateur triphasé.
Erreurs fréquentes
- Se contenter d'un « ça marche » sans comparer les mesures à l'étude.
- Conclure qu'un neutre est sain parce que les tensions sont correctes à vide : un mauvais serrage n'apparaît souvent qu'en charge.
- Négliger le courant de neutre dans un plateau très informatisé.
- Tester un différentiel uniquement avec son bouton test : il vérifie la mécanique, pas le temps de déclenchement ni la continuité du PE.
- Mettre sous tension un départ moteur sans avoir vérifié le sens de rotation et le réglage du relais de protection.
