Chapitre 01 · Sujet 1 sur 4
Les bâtiments tertiaires et leurs besoins
Reconnaître les familles de bâtiments tertiaires et traduire leur usage en besoins électriques concrets.
Niveau 1
L'essentiel
- Le tertiaire regroupe les bâtiments où l'on travaille ou reçoit du public sans production industrielle : bureaux, commerces, écoles, soins, hôtellerie, horeca, salles de sport.
- Chaque usage crée des besoins différents : éclairage, prises, chauffage et climatisation, informatique, cuisine, ascenseurs, installations de sécurité.
- Les occupants ne sont pas électriciens. L'installation doit rester sûre même si personne ne la comprend.
- Une coupure coûte cher : un serveur arrêté, une classe dans le noir, un frigo de pharmacie à l'arrêt. On pense donc à la continuité de service.
Comprendre
Les grandes familles
- Bureaux : beaucoup de postes de travail, d'éclairage et de climatisation. Les plateaux sont souvent réaménagés : on prévoit des réserves.
- Commerces : éclairage de mise en valeur important, froid commercial, caisses, enseignes. Horaires longs.
- Écoles : nombreux locaux, éclairage, informatique, cuisine collective parfois. Public jeune : protections et accès aux tableaux bien pensés.
- Soins et maisons de repos : continuité de service vitale pour certains appareils, éclairage de nuit, appel infirmier.
- Hôtellerie et horeca : cuisines professionnelles très puissantes (fours, friteuses, lave-vaisselle), chambres nombreuses, eau chaude.
Ce qui change par rapport au résidentiel
Les puissances sont plus élevées. L'alimentation est souvent triphasée, parfois en haute tension avec une cabine. On trouve un tableau général (TGBT) et des tableaux divisionnaires par étage ou par zone. Les installations de sécurité prennent une vraie place : éclairage de sécurité, détection incendie, désenfumage. Dans un bâtiment, les câbles doivent avoir une classe européenne de réaction au feu. Dans les voies d'évacuation (couloirs, cages d'escalier) et dans les locaux accessibles au public qui peuvent accueillir au moins 50 personnes, le RGIE exige en plus des câbles qui dégagent peu de fumée et des fumées peu corrosives, sauf s'ils sont encastrés d'au moins 3 cm dans un matériau incombustible.
Les questions à poser
Avant de tirer un câble, l'équipe doit savoir : combien de personnes, quels horaires, quels appareils, quelles zones critiques, quelle évolution prévue. Ces réponses alimentent le bilan de puissance et le choix du mode d'alimentation.
Sur le terrain
Un rez-de-chaussée commercial à Ixelles devient une boulangerie-salon de thé. L'ancien magasin de vêtements avait surtout de l'éclairage et quelques prises. La boulangerie ajoute un four, un pétrin, des vitrines réfrigérées, un lave-vaisselle et une machine à café. Le raccordement existant ne suffit plus : il faut refaire le bilan, demander une augmentation de puissance au gestionnaire de réseau (Sibelga) et repenser le tableau, avec des circuits dédiés pour chaque gros appareil.
Erreurs fréquentes
- Penser qu'un bureau « c'est comme une maison, en plus grand ». Les règles, les puissances et les contrôles sont différents.
- Oublier les appareils qui arriveront plus tard (climatisation, bornes de recharge, cuisine).
- Mettre tous les gros appareils sur la même phase.
- Placer le tableau dans un local accessible à tout le public sans le protéger.
Niveau supérieur
L'essentiel
- L'usage du bâtiment se traduit en quatre familles d'exigences : sécurité des personnes, continuité de service, évolutivité, maîtrise de l'énergie.
- La classification des locaux (influences externes, compétence des personnes présentes, conditions d'évacuation) conditionne le choix du matériel et des canalisations.
- Le profil de charge (horaires, pointes, simultanéité) compte autant que la puissance installée.
- Les installations de sécurité doivent rester alimentées quand l'alimentation normale disparaît : elles structurent l'architecture électrique.
Approfondir
De l'usage aux exigences
| Usage | Continuité de service | Point sensible | Conséquence électrique |
|---|---|---|---|
| Bureaux | Moyenne à forte (informatique) | Réaménagements fréquents | Distribution modulaire, réserve dans les tableaux, onduleur pour la baie |
| Commerce | Forte pendant l'ouverture | Froid commercial | Circuits dédiés, sélectivité soignée, alarme de défaut |
| École | Moyenne | Public nombreux, jeune | Tableaux fermés, évacuation, éclairage de sécurité |
| Soins | Très forte pour certains appareils | Personnes non autonomes | Sources de remplacement, priorisation des circuits |
| Horeca | Forte aux heures de service | Cuisine très puissante | Gros départs triphasés, ventilation asservie |
Compétence des personnes et évacuation
Le RGIE classe les influences externes, dont la compétence des personnes (ordinaires, averties, qualifiées) et les conditions d'évacuation. Un local accessible au public, occupé par des personnes qui ne connaissent pas les lieux, ne se traite pas comme un local technique fermé. Ces classifications pèsent sur le choix des protections, l'accès aux tableaux et le comportement au feu des câbles.
Comportement au feu des câbles
Dans un bâtiment, le RGIE exige au moins la classe Eca pour un câble posé seul et la classe Cca pour des câbles posés en faisceau ou en nappe (RGIE, Livre 1, 5.2.7.2 et 5.2.7.3). Les anciennes caractéristiques belges F1/F2 ne restent admises qu'en dehors des bâtiments et pour les procédés industriels (4.3.3.4). Dans les lieux du tableau 4.10 (voies d'évacuation hors domestique, locaux accessibles au public pouvant accueillir au moins 50 personnes, tunnels), les câbles d'énergie, de communication et de commande doivent en plus avoir les classes s1 et a1 ou les caractéristiques SA et SD : fumées peu opaques et peu corrosives (4.3.3.7 a). Les poses encastrées d'au moins 3 cm dans un revêtement incombustible en sont dispensées, et les conduits, goulottes et chemins de câbles apparents de ces lieux doivent être sans halogène. L'exploitant établit la liste des voies d'évacuation et des lieux à évacuation difficile et la tient à la disposition de l'organisme agréé ; le plan d'évacuation lui est présenté lors du contrôle. Voir Code du bien-être, BA4 et BA5.
Profil de charge
Un bureau consomme surtout entre 8 h et 18 h, avec une pointe en début de matinée (démarrage de la climatisation, des postes, de la cuisine). Un hôtel a des pointes le matin et le soir. Ces profils déterminent la puissance à souscrire et l'intérêt du pilotage de charges, par exemple pour les bornes de recharge.
Évolutivité
Un plateau de bureaux est réaménagé plusieurs fois au cours de sa vie. Un bon projet prévoit des emplacements libres dans les tableaux, des chemins de câbles non saturés et une puissance de réserve dans le raccordement. Ces choix se paient peu à la construction et beaucoup plus cher ensuite.
Exemple chiffré
Étude de cas : transformation d'un étage d'école (6 classes) en espace de coworking.
- Ancien usage : éclairage, quelques prises par classe, un tableau divisionnaire monophasé.
- Nouvel usage : 60 postes de travail, 4 salles de réunion avec écran, une kitchenette, une climatisation par zone, une baie informatique.
- Exigences dégagées :
- continuité : la baie informatique sur onduleur et sur un circuit dédié ;
- évolutivité : distribution par goulottes ou gaines de sol, réserve d'au moins un quart des emplacements au tableau (choix de projet, pas une obligation) ;
- sécurité : nouvelle évacuation et nouvel éclairage de sécurité selon l'analyse de risques ;
- puissance : passage probable en tableau triphasé, nouvelle vérification du raccordement.
- Conclusion : on ne « complète » pas l'ancien tableau. On refait l'étude, le bilan et le dossier, puis on fait contrôler l'installation modifiée par un organisme agréé.
Erreurs fréquentes
- Dimensionner sur la puissance installée sans analyser le profil de charge, ou l'inverse sans réserve d'évolution.
- Traiter un local ouvert au public comme un local de travail fermé, sans revoir l'accès aux tableaux et le comportement au feu des canalisations.
- Oublier que les installations de sécurité imposent leur propre logique d'alimentation, dès l'avant-projet.
- Confondre continuité de service et redondance totale : on ne sécurise que ce qui le justifie.
